Suzanne Jovet-Ast (1914-2006)
par Marc Philipe
On connaît Suzanne Jovet-Ast comme la première professeure au Muséum national d’Histoire naturelle. Bien peu de femmes eurent, à l’époque, une carrière académique aussi accomplie. Née dans le douzième arrondissement de Paris, le 8 février 1914, elle a peut-être hérité du goût de l’étude de sa mère, Thérèse Honorine Paris, institutrice, et celui du travail minutieux de son père Charles Ast, ébéniste. Ses racines sont nivernaises, encore que sa grand-mère paternelle fut alsacienne. Attirée par les sciences de la nature, elle obtient une licence à la Sorbonne en 1934, se spécialise en botanique au Muséum, y rencontre son mari, Paul Jovet (1896-1991) ; la suite elle la raconta elle-même en 1973 (citée par Lamy, 2007) :
« L’étude des bryophytes, d’abord ardue, devient très vite captivante. Les différences morphologiques si marquées entre les groupes de Muscinées séduisent le chercheur qui entrevoit la possibilité de travaux très variés. […] ayant eu l’occasion d’examiner des Muscinées avec mon mari et le professeur P. Allorge, j’ai pris un très vif intérêt à la Bryologie et […] je lui ai consacré tous mes travaux depuis 1942. »
Sa carrière universitaire est bien résumée par Wikipédia. Elle force le respect. Minutie, exigence, sujet difficile, mais aussi forte personnalité et capacité à s’imposer dans un monde très masculin, il n’y a peut-être qu’une autre chercheuse qui puisse lui être comparée sur ce plan, la paléobotaniste belge Suzanne Leclerq (1901-1994).
Née Suzanne Ast, elle devint en 1939 « Mme Paul Jovet » dans les documents administratifs, mais dès 1940 signa ses articles scientifiques « Suzanne Jovet-Ast ». Elle en publia 195, un accomplissement exceptionnel pour l’époque. Ayant pris sa retraite en 1982, elle continua activement à publier. Au décès de son mari, en 1991, elle quitta la région parisienne pour Biarritz, où son mari avait monté, dès 1954, une antenne du Muséum. Son premier souci lors de ce déménagement fut de s’installer un laboratoire pour continuer de travailler sur ses chères Riccia, sur lesquelles elle publia jusqu’en 2003.
Car son grand-oeuvre fut l’étude de ce genre Riccia, ces hépatiques parfois si déconcertantes. L’italien Pier Antonio Micheli, un des tout premiers bryologues du monde, a forgé ce nom en l’honneur du « très illustre et très célèbre maître Pietro Francisco Ricci » de Florence. En italien « Ricci » (littéralement – frisé) se prononce « rîchi », mais aujourd’hui la plupart des bryologues prononcent « riksiâ » pour parler de ces minimalistes rubans dichotomes. Mme Jovet-Ast leur consacra pas moins de 51 publications. Pour ce travail la bryologue brésilienne Eny Corrêa Vianna lui fit l’honneur de nommer une espèce Riccia jovet-astiae.
Suzanne Jovet-Ast est décédée le 28 février 2006, à Bayonne.
Sources :
Jovet-Ast, S., 1986. Les Riccia de la région méditerranéenne. Cryptogamie, Bryologie-Lichénologie, 7 (suppl. au fasc. 3) : 283-430.
Jovet-Ast, S., 2003. Riccia des sous-genres Riccia et Ricciella récoltés en Inde et en Indonésie. Cryptogamie, Bryologie, 24(3) : 209-228, 10 pl. [Juillet 2003].
Lamy, D., 2007. Suzanne Jovet-Ast (8 février 1914, Paris – 22 février 2006, Biarritz). Cryptogamie, Bryologie, 28 (2) : 159-183.
Vianna, E.C., 1985. Flora Ilustrada do Rio Grande do Sul, 15, Marchantiales. Bol. Boletim do Instituto de Biociências (Porto Alegre), 38: 1–213.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_Jovet-Ast
