Jean-Baptiste Touton (1881-1972)
par Marc Philipe
En Mayenne il put laisser s’épanouir sa passion pour la botanique, récolter pour son herbier, mais aussi réfléchir à une des grandes problématiques d’alors, la phytogéographie. Pour mieux comprendre la répartition géographique des espèces et communautés végétales qu’il observait, il s’intéressa aux bryophytes, un taxon alors fort peu pris en compte par de telles études. Il lui fallait être exact, précis et complet.
Touton est devenu bryologue sur le tard et par perfectionnisme. Né en 1881 dans la plaine de Saône, à Replonges (Ain), fils d’artisans modestes, il fit des études grâce à une bourse, et décrocha son baccalauréat. Il passa en même temps le concours des Postes, auquel il fut reçu brillamment. Remarqué pour ses capacités il suivit un cours de Morse à Lyon, fit son service militaire de 1903 à 1905, puis occupa des postes entre Mâcon et Bourg-en-Bresse. En 1914 il fut mobilisé dans les Télégraphes militaires et servira jusqu’en 1918. Démobilisé, il occupa diverses fonctions dans les Postes et Télégraphes. Il devint directeur départemental des Postes de Mayenne en 1929 et le resta jusqu’à sa retraite en 1941.
Après 1941 il resta quelques temps encore à Laval, mais revint plusieurs fois dans l’Ain pour herboriser les mousses. En 1953 il s’installa à Replonges, ce qui lui permit d’intensifier ses recherches sur les mousses de ce département. Il publia une première note à ce sujet en 1955, puis un catalogue des bryophytes de l’Ain (1962-1966) avec l’aide de Pierrot qui a contrôlé toutes les déterminations.
C’est à Replonges que Touton collecta le 26 mai 1954, ce qui constitue probablement la première donnée de Dicranella staphylina en France. À l’époque il ne mit pas de nom sur cette dicranelle, mais envoya une part à Pierrot. En 1969 Whitehouse décrivit cette espèce, sur la base de matériel anglais, puis l’espèce fut trouvée en Allemagne (1970) et en Belgique (1972). Pierrot eut alors l’idée de revoir le matériel de Touton, et put enfin l’identifier. Une balade à proximité de chez lui permit aussi de trouver l’espèce en Charente. On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’une espèce commune.
Une Pottiacée éthiopienne a été dédiée par Bizot à Touton, en reconnaissance de sa contribution à la bryologie : Tortula toutonii Bizot. Cette mousse, découverte en mars 1968 sur la terre rocheuse d’une forêt d’eucalyptus dans la province d’ Addis Abeba (Éthiopie), a ensuite été réidentifiée comme Didymodon maschalogena (Ren. & Card.) Broth. par Sollmann (1998) puis, par le même, comme Pseudocrossidium replicatum (Taylor) R.H.Zander (2006). Exit Tortula toutonii donc, vers le triste purgatoire des noms tombés en synonymie.
Une pépite pour finir, malheureusement muette, un bref film de 1966 où l’on voit Touton montrer son herbier et identifier une mousse (avec la flore d’Augier, les plus anciens reconnaîtront!). Touton s’éteint peu après, en 1972, à Pont-de-Veyle (Ain).
Sources :
Bonnot E.-J., 1973. Jean-Baptiste Touton, botaniste (1881-1972). Bulletin de la Société Botanique de France, 120 : 247-252.
Pierrot R.-B., 1976. Dicranella staphylina Whit. Bulletin de la société botanique du centre-ouest, 7 : 132-134.
Sollmann, P., 1998. Several mosses (Pottiales) new or rarely collected in AfricaTropical Bryology 14: 21-24,
Sollmann, P., 2006. Studies on some Pottiaceous mosses from Africa 2. Bryophyte Diversity and Evolution 28(1):1-3.
Touton J.-B., 1955. A propos du Fissidens warnstorfi Fleisch. La Revue Bryologique, 24 : 145.
Touton J.-B., 1962-1966. Les muscinées du département de l’Ain. Bull. mens. Soc. Linn. Lyon, 33 (1962) : 46-63 ;33 (1964) : 117-122 ; 35 (1966) : 266-279.
https://www.letelepherique.org/le-catalogue-des-collections-herbier-de-jean-baptiste-touton-527-5343-0-0.html
