Jules Cardot (1860-1934)

par Marc Philipe

Il y a bien des similitudes entre Jules Cardot et Marie-Anne Libert. Tous deux sont ardennais, elle wallonne et lui français, tous deux sont enfants de marchands-tanneurs, et rien ne les prédisposait vraiment à devenir des bryologues mémorables. Tous deux le doivent à des mentors, elle au Dr. Lejeune, qu’elle rencontra à Malmédy, lui à Philogène Emmanuel Pierrot (1835-1896). Ce dernier, journaliste, imprimeur, très impliqué dans la vie de sa commune de Montmédy, était passionné de botanique depuis le collège et à ses rares moments perdus aimait à faire des herborisations avec des instituteurs et leurs élèves les plus motivés. Pierrot était aussi un ami du père de Jules, maire du bourg voisin de Stenay, où naquît le bryologue, le 17 août 1860. Jules Cardot élève brillant dut cependant interrompre ses études dès le lycée, du fait d’une santé fragile. Toutefois, avec le soutien de Pierrot, il devint botaniste puis, émerveillé par la beauté des mousses vues au microscope, se spécialisa en bryologie.

Jules Cardot publia à 22 ans un Catalogue des Mousses et des Hépatiques récoltées aux environs de Stenay et de Montmédy. La bryologie lui permit sans doute de rencontrer sa femme. En effet en 1885 il publia Les muscinées des environs de Spa en collaboration avec Louis Piré, qui avait déjà deux  ouvrages bryologiques à son actif et avait quitté Bruxelles en 1884 pour assouvir sa passion des cryptogames dans les Hautes-Fagnes. La même année Jules Cardot épousa la fille de Louis Piré, Marie, qui le seconda probablement par la suite dans ses recherches. Louis Piré décédé peu après, en 1887, laissa à Jules Cardot son importante bibliothèque et ses herbiers.

Travailleur acharné, Il acquit rapidement une réputation solide et collabora avec la Revue bryologique, fondée entre autres par Husnot et Renauld. Il fut un peu l’élève de ce dernier, qui l’initia à la bryologie exotique, et rapidement les deux hommes publièrent ensemble, d’abord sur la flore de Saint-Pierre-et-Miquelon, puis sur les bryophytes de toute  l’Amérique du Nord. Cardot se vit confier des échantillons à expertiser provenant de partout dans le monde, de l’Antarctique à l’Alaska, de la Corée à La Colombie britannique. La puissance coloniale européenne était alors à son apogée, la science européenne en profitait à plein.

Cependant en 1914 commença une terrible guerre. Installé à Charleville-Mézières depuis 1900, le couple Cardot dut fuir précipitamment, abandonnant maison, bibliothèque, collections et herbiers. En septembre 1914 le quartier général allemand s’installe dans la ville, réquisitionne les habitations. À leur retour en décembre 1918 les Cardot retrouvèrent leur maison saccagée, les collections sens dessus-dessous entassées au grenier. Un terrible coup, d’autant qu’un gros travail inédit sur les mousses collectées par Faurie en Extrême-Orient avait disparu ainsi que le matériel associé (il n’a jamais été retrouvé). En 1919 Cardot cherche à vendre son herbier, mais notre Muséum national ne disposait pas de ressources suffisantes pour l’acquérir. Ce sont des dons anglais et américain qui autorisèrent finalement l’achat, permettant à cet herbier si riche en types de rester en France.

Fatigué, démoralisé, Jules Cardot ne reprit pas la bryologie par la suite. Il s’occupa certes encore de botanique, notamment coloniale, et d’administration, mais tomba malade et mourut finalement à Charleville, le 22 novembre 1934.

Sources :

Fiche Wikipédia (ici).

Thériot, I., 1935. Jules CARDOT, 1860-1934. Revue Bryologique et Lichénologique,  8 (1-2) : 5-13.

Zuttere, P. de, Schumacker, R., 1985. Catalogue des Muscinées de la région ardennaise et de la Meuse. L’herbier Jules Cardot à Charleville-Mézières. Charleville-Mézières, Société d’Histoire naturelle des Ardennes, 31 pp.

Bertemès, G., 1934, La carrière bryologique de M. Cardot. Bull. Soc. Hist. nat. Ardennes, 29 : 94-105.

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