Clémence Richard (1772-1835)

par Marc Philipe

Clémence Lortet est la première femme en France ayant réalisé un inventaire bryologique d’une région. Pourtant rien ne semblait destiner la fille de Pierre Richard, maître-ouvrier à Lyon, spécialiste du chinage des soies, à devenir botaniste. Certes, cas rare pour l’époque, son père lui donna une éducation scientifique, et son mari, Jean-Pierre Lortet, ne l’empêcha jamais de s’intéresser à autre chose que son ménage. Mais tout commença par une grosse dépression. Lyon avait été assiégé par les troupes de la Convention, à l’automne 1793, et il s’en suivit une féroce répression. Des milliers de morts endeuillèrent la ville, laissant les survivants sidérés. Clémence Lortet, affectée au point de n’avoir plus goût à rien, rencontra le médecin Jean-Emmanuel Gilibert. Celui-ci lui recommanda de marcher, et lui demanda le service d’aller chercher quelques plantes près de chez elle, et de les lui apporter pour son cours de botanique du lendemain. Le lendemain il l’envoya un peu plus loin, et ainsi de proche en proche. Au bout d’un an Clémence Lortet était devenue une fière marcheuse et une botaniste passionnée.

Gilibert avait repris les prospections botaniques de Claret de la Tourrette. Il savait que celui-ci avait noté pour la flore lyonnaise de nombreux bryophytes, mais que cette liste était perdue. Il manquait de temps, aussi incita-t-il Clémence Lortet à inventorier précisément, en notant les dates et les lieux, la flore des environs de Lyon, en portant une attention spéciale sur les bryophytes. Le résultat, Le Calendrier de Flore, fut publié en 1809, signé du seul Gilibert. Il inclut des anthocérotes, des hépatiques et des mousses.

Après le décès de Gilibert, Clémence Lortet continua. Elle réussit à motiver plusieurs autres botanistes sur ce sujet des bryophytes, notamment Aunier et Champagneux (Philippe, 2014, 2017). Le groupe bénéficia de l’aide de l’abbé Dejean, et constitua un moussier de référence, que vérifia le botaniste écossais George A. Walker Arnott lors d’une visite qu’il fit à Lyon vers 1825. Une belle collection d’autres cryptogames fut aussi préparée. Quand Balbis vint prendre la direction du jardin botanique de Lyon il fut sollicité pour aider à la publication des résultats. Cette Flore lyonnaise est en deux tomes, le second (1828) étant consacré aux cryptogames. Il est signé de Balbis, mais celui-ci y souligne l’importance du travail de Mme Lortet et de ses amis.

C’est elle qui a ouvert la voie aux études cryptogamiques d’Aunier, qui devint par la suite un spécialiste reconnu internationalement et forma De Notaris. C’est elle aussi qui a suscité la vocation naturaliste de son petit-fils, Louis Lortet, qui récolta des bryophytes avec le célèbre bryologue (entre autres) Guillaume Schimper. Ses nombreux herbiers et moussiers sont aujourd’hui partagés entre le Centre de conservation et d’étude des collections de Lyon, la Société linnéenne de Lyon et le Jardin botanique de la Tête d’Or.

Sources :

Balbis, G., 1828. Flore lyonnaise, tome second. Lyon, Layné imp., 371 p.

Benharrech, S., Philippe, M., 2024. Femmes, cryptogamie et héritage rousseauiste au début du XIXème siècle. J. de botanique de la Société botanique de France, 113 : 16-32.

Gilibert, J.-E., 1809 Le Calendrier de Flore, pour l’année 1778, autour de Grodno, et pour l’année 1808 autour de Lyon. Lyon, Leroy.

Philippe, M., 2014. L’herbier bryophytique de Noël-Antoine Aunier (1781-1859) au lycée Ampère de Lyon. Bull. mens. Soc. linn. Lyon, 83 (7-8) : 157 – 162.

Philippe, M., 2017. Deux bryologues lyonnais méconnus du début du XIX° siècle, Pierre Valuy (1796-1829) et Anselme-Benoît de Champagneux (1774-1845). Bull. bimens. Soc. linn. Lyon, 86 (3-4) : 117-127.

Lortet, P., Audibert, C., Bärtschi, B., Benharrech, S., Chambaud, F., Philippe, M., Thiébaut, M., 2018. Les Promenades botaniques de Clémence Lortet, née Richard (1772-1835). Bull. mens. Société linnéenne de Lyon, 87 (7-8) : 199-254.

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