Pierre-Tranquille Husnot (1840-1929)

par Marc Philipe

Pierre Tranquille Husnot est de ceux qui vécurent plusieurs vies en une. Une fiche wikipédia et une autre du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) sont bien renseignées, aussi on se centrera ici sur sa contribution remarquable à la bryologie.

Né à Cahan dans l’Orne, le 21 avril 1840, il étudie botanique et agronomie puis, devenu ingénieur, il voyage dans le monde entier. En 1875 il reprend la ferme familiale, ce qui l’a fait parfois qualifier de fermier, alors qu’il était un propriétaire plutôt aisé.

Dès 1874 il crée la Revue bryologique. Il n’y avait alors que deux revues équivalentes, Grevillea et Hedwigia (la seconde existe toujours). Le but de Husnot est pédagogique autant qu’académique, il veut mettre en contact les bryologues, donner les moyens aux amateurs de contribuer utilement. Aidé par des bryologues de renom comme Guillaume Schimper de Strasbourg, Adalbert Geheeb en Allemagne ou Giuseppe De Notaris en Italie, il fait de la Revue à la fois un organe de liaison et une revue internationale de référence où publient des bryologues du monde entier.

En même temps il publie de nombreux ouvrages : en 1873 sa Flore analytique et descriptive des Mousses du Nord-Ouest de la France puis, par fascicules, sa Muscologia Gallica, Flore analytique et descriptive des mousses de France et des contrées voisines qui paraît de 1884 à 1892. Parallèlement il distribue des échantillons récoltés et déterminés par des spécialistes, un ensemble de référence qui fut une ressource précieuse pour bien des botanistes, et encore présent aujourd’hui dans plusieurs herbiers. Sa Muscologia lui valut d’ailleurs le prix Montagne, prix de l’Académie des sciences honorant le grand cryptogamiste Camille Montagne.

Schimper, avec Philipp Bruch, avait publié avant Husnot, de 1836 à 1866, une monumentale Bryologia Europaea, toutefois cet ouvrage, luxueux et bien illustré, était fort cher. Les ouvrages de Husnot permirent une réelle démocratisation de la bryologie. Avec lui et la Revue la bryologie française atteint son apogée, faisant connaître les travaux de Cardot, Debat, Philibert, Renaud, Thériot etc.

À peu près en même temps que la Muscologia, Nicolas Boulay fit paraître sa Flore cryptogamique de l’Est : Muscinées. Il est clair qu’il y eut une émulation entre les deux bryologues, l’un abbé catholique, professeur d’université à Lille et bénéficiant de facilités académiques, et l’autre agriculteur protestant, plus isolé. Sans subventions, Husnot publiait à ses frais, et pour illustrer ses ouvrages avait appris la lithographie, dessinant et gravant lui-même ses planches ! Ajoutez à celà la publication des six fascicules annuels de la Revue bryologique et vous aurez une idée de la richesse de la vie de Tranquille Husnot !

Il fallut bien, pourtant, une fin. Il décéda le 25 mai 1929 dans son bourg natal de Cahan, dont il était maire depuis 1865.

Sources :

Darvy de Virville, A., 1929. Husnot, 1840-1929. Revue générale de botanique, 41 : 29-35.

Lamy, D. 1989. Le rôle des amateurs dans l’étude de la bryophytes en France au XIXème siècle. Cahiers d’histoire et de philosophie des sciences, 27 : 163-174.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Tranquille_Husnot

https://cths.fr/an/savant.php?id=123897#

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