Raymond-Bernard Pierrot (1915-2006)

par Marc Philipe

Pierrot, un nom qui sonne comme un surnom amical, mais qui est aussi pour la bryologie un grand nom. Un nom qui, alors que la bryologie française était exsangue, durant la seconde moitié du XXe siècle, illustra le meilleur de ce que peut apporter la passion d’un amateur.

Sa vie a déjà été racontée, notamment par Yves Peytoureau (article). Fils d’une couturière et d’un cheminot, c’est sa grand-mère, bibliothécaire, qui déclare la naissance à Houilles (78) en 1915, entre voies ferrées et tas de charbon. Bientôt la famille déménage en Charente. Excellent à l’école Raymond Bernard intègre l’Ecole Normale et devient instituteur en 1934. Mobilisé, puis prisonnier de guerre, évadé et enfin résistant, son parcours lors de la seconde guerre mondiale force le respect. Après la guerre, redevenu instituteur, il se marie une première fois, se sépare, puis épouse Lydie Printemps, qui partagea avec lui une passion pour la botanique. Dès 1950 il se spécialise en bryologie. Une de ses premières grandes découvertes est celle, le 8 juin 1950, de la très rare Lejeunéacée Marchesinia mackai sur une paroi calcaire près des grottes préhistoriques de la Rochecourbon (Charente-Maritime).

Animé du désir de partager, il publie de très nombreuses notules bryologiques (travaux de R.B. Pierrot). Confronté à la rareté et la dispersion des sources permettant l’identification des espèces, il compile des Clés de détermination des bryophytes de la région Poitou-Charentes-Vendée qui seront publiées par la SBCO comme numéro spécial en 1974. Ces Clés devinrent vite une référence nationale. Les amateurs francophones n’avaient guère alors que l’ouvrage de Jean Augier à disposition. Spécialiste de bryophytes exotiques, c’est à la demande insistante du CNRS qu’Augier avait rédigé pour la France métropolitaine sa Flore des bryophytes, livre peu accessible, cher et peu illustré, quoiqu’excellent à certains égards.

Pierrot, par ses recherches incessantes, mais aussi par son souci pédagogique et sa disponibilité, devint vite une référence pour les bryologues français. Ecoutons un témoignage, celui d’Odette Aicardi (2006) : « Malgré sa grande notoriété, il s’est toujours intéressé, sans condescendance mais au contraire avec simplicité et bienveillance, aux débutants. Ce fut mon cas en 1983, lorsqu’après bien des hésitations, je lui écrivis pour lui soumettre quelques spécimens que je n’arrivais pas à déterminer. Très peu de temps après, je reçus une réponse merveilleuse qui dissipa aussitôt toutes mes craintes par son indulgence et sa compréhension. »

L’hommage d’O. Aicardi se termine par une note optimiste – elle discerne un regain d’intérêt pour la bryologie en France. Cet heureux regain se confirme aujourd’hui. Raymond Bernard Pierrot joua un rôle capital dans le maintien des connaissances de terrain et d’une communauté d’amateurs actifs durant ces années qui, après 1950, virent le déclin de la bryologie française.

Sources :

Aicardi, O., Skrzypczak R. & J.-F., Champagne, S., Sotiaux, A., Houmeau, J.-M., Ros, R.M., Casas, C., Bruguès, M., 2006. Quelques hommages reçus après le décès de Raymond Bernard Pierrot.  Bull. Soc. Bot. Centre-Ouest, 37 : 589-592. (article)

Peytoureau, Y., 2006. Raymond Bernard Pierrot (1915-2006). Bull. Soc. Bot. Centre-Ouest, 37 : 583-588. (article)

Pierrot, R.B. 1974 – Clés de détermination des bryophytes de la région Poitou-Charentes-Vendée. Bull. Soc. Bot. Centre-Ouest, no spécial : 1-91.

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