Claret de La Tourrette, Marc Antoine

par Marc Philipe

Botaniste aujourd’hui un peu oublié, Claret de La Tourrette eut pourtant une grande importance dans l’histoire de la bryologie française. Né en 1729 à Lyon dans une grande famille lettrée, il cotoya Voltaire, Rousseau et bien d’autres grands noms. Botaniste de salon, il publia des Démonstrations de botanique, dont il rédigea l’introduction et la théorie, laissant la description des espèces, qu’il connaissait mal, à l’abbé Rozier. Sa rencontre avec Rousseau fut déterminante. Celui-ci rentrait juste d’Angleterre, où il s’était passionné pour les mousses. Rousseau convainquit Claret de la Tourrette de se mettre à la botanique de terrain et aux cryptogames.

Quelque temps après, en 1785, Claret de La Tourrette publia sa Chloris lugdunensis, qui fit grand bruit. En effet, il y contredisait Linné. Celui-ci avait demandé à son ami Gouan, de Montpellier, de lui envoyer des mousses et autres cryptogames de sa région. Celui-ci, soit paresse soit incapacité, ne lui en envoya que fort peu, et Linné conçut l’hypothèse selon laquelle les cryptogames étaient diversifiées surtout dans le nord de l’Europe, et beaucoup moins aux latitudes plus clémentes, à l’inverse des plantes à fleurs. Claret, après avoir parcouru Bugey, Jura, Pilat et Chartreuse, avait établi une longue liste, publiée donc dans sa Chloris, et qui démontrait donc que ce n’était pas le cas.

Jean-Emmanuel Gilibert, autre grand botaniste lyonnais, dit que par la suite Claret de la Tourrette continua ses recherches bryologiques et ajouta plusieurs dizaines d’espèces à sa liste. Il convainquit même un ami, Jean Bissuel de Saint-Victor, de recenser les mousses du Beaujolais. Hélas ces recherches furent interrompues. La Convention fît le siège de Lyon en 1793, Saint-Victor fût fusillé, Rozier mourut d’un boulet de canon tombé sur son lit, et Claret de la Tourrette d’une pneumonie.

Il reste peu de traces de l’activité bryologique de Claret de La Tourrette. La nouvelle version de la Chloris a été perdue, l’herbier en partie dispersé. Il reste dans l’herbier de Saint-Victor un échantillon de Meesia uliginosa, collecté par La Tourrette dans le Jura, et qui a été envoyé à Linné pour identification. Lequel a inscrit « Bryum trichodes« .

Sources :

Philippe, M., 2021. Jean-Jacques Rousseau initiateur des débuts de la bryologie à Lyon. Journal de botanique de la Société botanique de France, 96 : 8-24.

Tenu, R., 2016. Jean-Mathieu Bissuel de Saint Victor, ami de Marc-Antoine Claret de La Tourrette et botaniste méconnu de la communauté scientifique du siècle des Lumières. Sauvages & Cultivées, 8 : 44-51.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marc_Antoine_Louis_Claret_de_La_Tourrette

 

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