Marie-Anne Libert (1782-1865)

par Marc Philipe

Le dimanche 26 août 1810, après une journée d’herborisation, Marie-Anne Libert rentrait vers sa maison de Malmedy quand elle rencontra De Candolle, le célèbre botaniste genevois, accompagné du docteur Lejeune. Elle connaissait ce dernier depuis quelque temps. Chargé par Napoléon 1er d’inventorier les richesses botaniques de l’éphémère département de l’Ourthe, il avait rencontré Mlle Libert lors d’une herborisation et, convaincu par ses connaissances, avait commencé une collaboration avec elle. Il avait parlé de la jeune femme à De Candolle, et celui-ci intrigué demanda à la rencontrer. Le lundi 27 août les trois botanistes firent une excursion déterminante pour Marie-Anne Libert, qui lui valut de passer à la postérité bryologique. Mais il serait erroné de croire que Marie-Anne Libert ne le dut qu’à ces deux hommes.

Sa mère, Marie-Jeanne Dubois, était une femme cultivée, qui suivit de près l’éducation de ses treize enfants. Marie-Anne, née en 1782, envoyée au pensionnat à douze ans, s’y passionna pour les mathématiques. De retour à Malmedy, elle voulut préparer des remèdes à base de plantes, et appris seule le latin pour pouvoir lire un volume de Dodoens consacré à la botanique. Cette science la captiva et, quoique munie seulement de l’Encyclopédie et de la Flore française de Lamarck, elle parvint à identifier la plupart des plantes de son entourage. Impressionné, Augustin Pyramus de Candolle lui suggéra de s’intéresser aux Cryptogames (Bryophytes, algues et champignons). Il fut convaincant et “Mlle Libert se rendit si complètement à ces raisons qu’elle renonça aux douceurs du mariage comme pour être plus dignement la représentante de cette classe de végétaux » (La Rive, 1844). Ainsi voyait-on à l’époque les femmes qui voulaient faire de la science !

Marie-Anne Libert, travaillant d’arrache-pied et avec toujours fort peu de moyens, devint une référence. Elle distribua plusieurs exemplaires d’une collection de plantes cryptogames des Ardennes – Plantae cryptogamicae arduenna. En 1820 elle rencontra Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778–1846). Ce botaniste français, fervent bonapartiste, avait dû s’exiler après 1815. Caché à Bruxelles, il y tomba assez gravement malade. Il alla se soigner à Spa, où une promenade l’emmena vers les Hautes-Fagnes, dont la flore l’intéressa. Il fut alors mis en contact avec Marie-Anne Libert. Il réussit à la convaincre de publier certains de ses résultats, notamment un nouveau genre d’hépatiques, Lejeunia, dédié au Dr. Lejeune. Devenu Lejeunea ce genre, et ses déclinaisons (Cololejeunea, Harpalejeunea, Microlejeunea, etc.) est aujourd’hui bien connu des bryologues. Plus tard Bory fit admettre Marie-Anne Libert comme membre associée de la Société Linnéenne de Paris, dont elle fut la seule femme réellement scientifique, avec Clémence Lortet. Elle publia deux autres notes scientifiques dans les Mémoires de cette société.

Marie-Anne Libert est parfois qualifiée de botaniste belge. Mais elle naquit à une époque où Malmedy était une principauté ecclésiastique. Napoléon 1er en fit le département de l’Ourthe, et à sa chute en 1815 Malmedy passa en district prussien. Ce n’est qu’après le traité de Versailles (1919) que Malmedy devint belge. À son décès, en 1865 elle était donc prussienne, quoique francophone.

Sources :

La Rive, A., 1844. Notes sur la vie et les ouvrages de A.-P. de Candolle. Genève, Bibliothèque universitaire de Genève.

Libert, M.-A., 1820. Sur un genre nouveau d’Hépatiques, Lejeunia. Annales générales des sciences physiques, 6 : 372–374.

Libert, M.-A., 1827. Illustration du genre Inoconia, dans la famille des Algues. Mémoires de la Société linnéenne de Paris, 5: 402-403.

Libert, M.-A., 1827. Observations sur le genre Asteroma et description de deux espèces appartenant à ce genre. Mémoires de la Société linnéenne de Paris, 5: 403-406.

Maroske, S., Janson, S., May, T.W., 2018. Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent’s set of Plantae cryptogamicae arduenna and the importance of mentors and modesty in Marie-Anne Libert’s cryptogamic career. Lejeunia, 198. DOI: 10.25518/0457-4184.1331 

Philippe, M., 2000. Les associées-libres de la Société linnéenne de Paris (1821-1827). Bull bimens Soc. Linn. Lyon, 89 (7-8) : 179-195.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-Anne_Libert

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